Le blog d'achele
6 février 2012

Coupez-les en deux !

La campagne électorale démarre fort avec les déclarations des deux principaux candidats (quasi) déclarés : la finance est l’ennemi public numéro un, rien que ça, pour le premier dans les sondages. Il annonce avec verve la séparation des activités des banques "utiles à l'investissement et à l'emploi de leurs opérations spéculatives", bannir les banques françaises des paradis fiscaux, interdire les "produits financiers toxiques" et les stock-options, encadrer les bonus et sur-taxer de 15% les bénéfices des banques. Quant au Président de la République non encore candidat officiel, il veut créer une banque de l'industrie pour pallier aux dits manquements des banques actuelles.

 

Ces déclarations font tellement peur que les marchés en ont retrouvé des couleurs…

 

C’est que derrière les mots, leur violence populiste, ces propositions sont ultra light ou extrêmement floues. Du vent électoraliste, rien de plus.

 

Le fond de la pensée du PS a été exprimé par Jérôme Cahuzac dans les Echos. Le Président de la Commission des finances de l’Assemblée Nationale y reconnaît même que « les activités menées par les banques d'investissement telles que les couvertures contre certains risques de taux ou de changes sont nécessaires à l'économie réelle. » Mais il veux que « ceux qui prennent des risques » en « assument les coûts… sans faire courir le risque aux banques de dépôts, c'est-à-dire aux déposants et in fine aux Etats. » Les banques d'investissement « doivent donc être débranchées de la garantie implicite de l'Etat. » Très bien, mais comment fait-on ? Une commission post élection nous dira vraisemblablement dans deux ans comment habiller le statut quo… Les dirigeants de la Société Générale et de BPCE ont déjà déclaré qu’ils étaient ouverts à une interdiction des activités spéculatives pour compte propre dans les banques. C’est que derrière les fantasmes, ces activités sont en réalité quasi inexistantes dans nos banques régulées.

 

Quand aux Paradis fiscaux, tout le monde est d’accord. Mais au fait, c’est quoi ? Quelle est la liste ? Quelle banque française y a encore une activité ?

 

Et les produits financiers toxiques, ce sont lesquels ? Comment sait-on à l’avance qu’ils sont toxiques, puisqu’en général, c’est l’effondrement d’un marché qui crée la toxicité : les matières premières, aux cours actuels, sont-elles toxiques, le blé, le pétrole ?

 

Tout le monde est d’accord sur les bonus et les options (sauf les quelques concernés), mais ça change quoi ? Les nouvelles règles de la profession sur la limitation de ces « incentives » avait abouti à l’augmentation des revenus fixes dans les banques d’investissement !

 

La taxation des résultats des banques de 15% de plus va-t-elle leur permettre de mieux atteindre les objectifs de fonds propres prudentiels réclamés par le régulateur ? Il serait plus utile d’interdire le versement de dividendes tant que ces niveaux ne sont pas atteints…

 

Quant à la banque de l’industrie, elle existe déjà avec Oséo et la Caisse des Dépôts, ce sera une réorganisation de la gouvernance locale et régionale et un éventuel renforcement des moyens. Très bien, mais pas révolutionnaire. Rappelons que la seule banque française qui a fait faillite était publique et avait développé un peu trop sa vision de la « banque-industrie. »

 

En attendant, nos candidats préférés ne nous ont toujours rien dit sur l’efficacité de l’Etat, l’optimisation de son fonctionnement ou la qualité de service aux usagés. La différence entre leurs programmes est que les uns prévoient une hausse de la dépense publique de 0,5% par an, quand les autres affichent 1%, le tout payé par une croissance supérieure à 2%... après 2013…

 

Avec l’appui des banques ?


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